Le bon de réduction en 2023

En 2023, plus aucun ticket papier ne devra s’imprimer par défaut dans les points de vente (voir notre article sur le sujet): ni les tickets de caisse (lire ici), ni les tickets de carte bancaire (détails ici), ni… “les bons d’achat et de tickets visant à la promotion ou à la réduction des prix d’articles de vente dans les surfaces de vente”.

Pour terminer notre passage en revue des conséquences pour les points de vente de la nouvelle loi anti-gaspi, toujours dans le cadre de notre série d’articles “non-impression des tickets de caisse en 2023“, nous allons maintenant nous intéresser à l’avenir des Bons d’Achat (BA), Bons de Réduction (BR), et des tickets aux contenus promotionnels.

 

1 – Défis techniques et opérationnels de la nouvelle loi anti-gaspi

Pour le dire platement, le problème de ne plus imprimer les BA et les BR réside dans le fait que les clients ne les recevront plus en format papier, excepté s’ils le demandent. Autrement dit, pour continuer à distribuer des BR ou des BA à ses clients, il faut soit les dématérialiser, soit les laisser demander une version papier.

La deuxième solution semble être la plus simple: “vous avez des bons de réduction, je vous les imprime?”. Cependant, deux aspects de la question doivent aussi entrer en ligne de compte:

  • cette approche ne respecte pas l’esprit de la loi anti-gaspi puisque le bénéfice du bon est alors réservé uniquement aux clients qui l’acceptent dans un format papier (un peu le contraire de l’effet recherché)
  • comme nous l’avons montré dans notre série d’articles sur le sujet, la loi anti-gaspi impose des consentements spécifiques à l’impression de chaque ticket. 

Mettons que l’esprit de la loi ne soit pas un sujet pour vous, il resterait donc ce dernier point à traiter. Dans les faits, en 2023, l’impression ou la non-impression d’un ticket donné devra faire l’objet d’une demande du client. Alors quel scénario choisir pour les agents de caisse? Illustrons-le sous forme de dialogue, dans la cas d’un client exigeant.

Dialogue 1: “step by step”

  • J’imprime le ticket de caisse?
  • non
  • J’imprime le ticket CB?
  • non
  • J’imprime vos bons de réduction?
  • oui

Dialogue 2: “all inclusive”

  • J’imprime vos tickets et vos bons?
  • Je veux bien les bons mais pas les tickets

Quelles que soient les consignes appliquées par le staff, leur pénibilité les rend difficiles à mettre en pratique, et par ailleurs la fluidité des passages en caisse est détériorée. Enfin, des contraintes techniques supplémentaires sont introduites:

  • il n’est pas si aisé de différencier tous les flux (tickets de caisse, CB, BR…) et d’en commander l’impression séparément
  • l’agent de caisse ne sait pas à l’avance si des BR ou des BA seront émis pour le client qu’il a en face de lui: il faudra songer à le prévenir.

 

2 – Les bons de réduction et bons d’achat digitaux: quels aménagements prévoir?

La dématérialisation des bons en revanche semble être une approche plus en phase avec l’esprit de la loi. Le coupon digital accompagne parfaitement le ticket de caisse digital. Toutefois sa mise en place impose d’être bien au courant des pré-requis.

C’est la “rédemption” qui est à l’origine de toutes les tracasseries. La rédemption d’un bon consiste à passer en caisse, présenter son bon et bénéficier des avantages qu’il confère. L’académie française n’a probablement pas été consultée, toujours est-il que cela vient de l’anglais “to redeem a voucher”. 

Le problème est simple: beaucoup de BR peuvent être rédemptés plusieurs fois… Il faut donc les brûler. “Brûler un bon”, traduit littéralement de “burn a voucher”, signifie “rendre le bon inutilisable après l’avoir utilisé”.

Dans de nombreuses GMS (Grandes et Moyennes Surfaces), le burn d’un BR est obtenu de la manière la plus rudimentaire qui soit: le client laisse son bon à l’agent de caisse, qui parfois même, le gribouille au stylo.

Le problème de la dématérialisation d’un BR qui ne peut pas être “brûlé” apparaît alors évident. Un client qui a le bon sur son smartphone peut passer indéfiniment en caisse et faire valoir le même bon, alors qu’avec le format papier cette fraude n’était pas possible (en tout cas bien plus compliquée).

Pour pouvoir brûler un bon, deux possibilités existent:

  • soit le client est identifié et le système d’information de l’enseigne l’empêche de bénéficier deux fois d’une offre: cette méthode s’applique par exemple aux offres de type “on m’a dit que je pouvais bénéficier de 10% en passant aujourd’hui en caisse et en présentant ma carte”
  • soit le bon est identifié précisément, à travers un numéro, le plus souvent un numéro de code-barres: le logiciel de caisse ne permet qu’une seule fois l’utilisation du code-barres et le classe dans la catégorie “non-utilisable” dès qu’il est rédempté une fois

Pour beaucoup de GMS, et plus largement pour beaucoup d’enseignes de retail, ces deux cas de figure restent encore assez rares. Sauf dans le cas des BA, qui sont des sortes de tickets de caisse inversés que les logiciels de caisse maîtrisent bien et qui, le plus souvent sont bien brûlés comme il se doit.

 

3 – Dernier point technique à vérifier: les douchettes

Il y a un dernier point à vérifier: la lecture du code-barres. Ce sujet, qui peut sembler bassement terre-à-terre, est récurrent pour toute startup de terrain comme Limpidius.

Même si la plupart des enseignes de retail n’ont plus trop ce genre de problème, il subsiste encore néanmoins. Tous ceux qui utilisent Stocard ou Fidme pour stocker leurs cartes de fidélité le savent: il existe encore pas mal de commerces où les douchettes ne parviennent pas à lire les codes-barres sur les écrans de smartphone.

Pour de nombreux retailers, le coupon de réduction n’est rien d’autre qu’un code-barres à scanner. Pouvoir les lire sur un smartphone est un préalable indispensable à tout projet de digitalisation.

 

4 – Quid des acteurs du couponing?

Il convient de distinguer les prestataires qui agissent directement en caisse, qui seront touchés de plein fouet par la loi, des autres. Pour situer, Catalina par exemple appartient à la première catégorie, tandis que des acteurs de type “drive-to-store” comme Highco s’inscrivent dans la seconde.

Dans les deux cas, ces sociétés distribuent des coupons à rédempter en caisse. Le plus souvent ces coupons ne sont pas brûlés une fois rédemptés, car cela nécessite de faire interagir plusieurs systèmes d’information: celui du prestataire de couponing, et ceux de ses clients. Trop compliqué le plus souvent.

Les coupons émis hors magasin ne tombent pas sous le coup de la loi prévue pour 2023. Au passage, les acteurs de la distribution qui travaillent déjà avec des prestataires qui génèrent ce type de bon sur le web par exemple, sont donc souvent familiers des problématiques de ré-utilisation des BR en caisse (le client peut les réimprimer ou en faire des copies d’écran sur son smartphone). Et ils s’en sont accommodés.

Les opérateurs de coupons en caisse en revanche vont devoir permettre la non-impression de leurs promotions

Le lecteur familier des Grandes Surfaces Alimentaires (GSA) a tout de suite en tête la fameuse “deuxième imprimante” dédiée aux promotions et déposée chez le retailer par le prestataire de couponing. Il est difficile d’imaginer un scénario dans lequel les agents d’encaissement devront également contrôler l’impression/non impression des tickets coupons émis sur ces imprimantes secondaires. Comme vu précédemment, le process en caisse deviendra plus complexe (à une époque où l’on recherche de la simplicité) et par ailleurs, le sujet est particulièrement compliqué d’un point de vue purement technique.

 

5 – Quid des tickets exclus de la loi

Nous terminons par une petite pensée pour tous les tickets qui sont passés entre les mailles du filet législatif.

Le Bon de Commande (BC) fait partie des grands classiques en caisse. Limpidius les digitalise car c’est bien pratique de pouvoir les retrouver facilement. Mais s’il n’entre pas dans le cadre de la loi. Les distributeurs pourront continuer à l’imprimer systématiquement s’ils le souhaitent, même si l’esprit de la loi et l’influence grandissante de la RSE dans les grands groupes vont probablement conduire à les traiter de la même manière que les tickets de caisse.

Pour finir, chaque enseigne a ses spécificités. Certaines par exemple impriment des récapitulatifs de points de fidélité en même temps que le ticket de caisse, et bizarrement  ceux-ci n’entrent pas dans le cadre de la loi.

Un petit dernier pour la route: les tickets de sortie. Dans certaines surfaces de vente proposant des caisses libre service, un ticket est imprimé séparément, avec pour seule vocation d’être scanné en sortie de caisse (le ticket contient juste quelques lignes de texte et un code-barres), afin d’ouvrir les barrières qui clôturent l’aire de caisse. Il est jeté dans la foulée. Notons toutefois que cela est rare et que la plupart des enseignes se servent plutôt du code-barres qui termine le ticket de caisse pour autoriser la sortie.